Un collectif français à la rencontre des militantes de Kobanê

Le Courrier de l'Atlas - Janvier 2015

A la frontière turco-syrienne, la ville kurde de Kobanê est le théâtre d'une résistance farouche des combattantes kurdes du YPJ (Unité de défense des femmes) aux attaques de Daesh. Cette lutte est aussi celle de la sauvegarde d'un modèle de démocratie horizontale avec une pratique du pouvoir égalitaire. En novembre dernier, une délégation du collectif parisien Solidarité Femmes Kobanê est partie sur place à la rencontre de ces femmes pour témoigner de leur combat quotidien. Magdalena Brand, membre du collectif, raconte.

LCDL : Quel est le but de votre collectif ?

Magdalena Brand : Nous sommes un collectif non-mixte de la région parisienne, de Paris et de Seine-Saint-Denis principalement. Nous englobons des féministes autonomes, anarchistes, lesbiennes, communistes… qui se sont réunies sur des bases communes contre l’islamophobie, contre l’impérialisme, pour l’auto-détermination des peuples, pour la Palestine. Solidarité Femmes Kobanê veut mobiliser les féministes pour réfléchir aux actions de solidarité avec les femmes de Kobanê dans leur lutte contre Daesh et rendre visible leur projet social de libération des femmes du patriarcat et du capitalisme.

Comment s'est organisée la délégation ?

Nous avons organisé des manifestations en solidarité avec Kobanê. Et rapidement, par des liens avec les femmes du centre culturel kurde à Paris, il y a eu cette idée d'organiser une délégation pour rencontrer des femmes au Kurdistan (…) Afin de construire des liens politiques, notre objectif était double : partir avec des messages de solidarité de différents collectifs féministes de France et aussi faire des interviews de ces femmes pour revenir avec des paroles à transmettre sur leur projet et leur lutte. Nous étions à Amed et Suruç, deux municipalités kurdes à la frontière avec la Syrie. Nous étions sept, toutes de la région parisienne, des Françaises, des Kurdes d'Iran et de Turquie et des Turques. [Du 6 au 12 novembre, ndlr].

Qui avez-vous pu rencontrer sur place ?

Nous avons rencontré des militantes du mouvement des femmes libres du Kurdistan de Amed et Suruç. Nous avons aussi rencontré la co-présidente de Kobanê, qui nous a permis d’échanger avec les femmes de Kobanê dans les camps de réfugiés organisés par les municipalités Kurdes. Le projet qu'elles portent aujourd'hui est le résultat de trente ans de lutte au sein de leur organisation politique. Ce n'est pas une place qui leur a été donné exceptionnellement parce que c'est la guerre, mais c'est le résultat de leur auto-organisation en non-mixité pour que les femmes soient représentées à part égale dans les institutions politiques.

Etait-ce bien ce à quoi vous vous attendiez ?

Avant de partir nous étions très mobilisées sur les combattantes parce que c'est aussi ce que les médias occidentaux diffusent le plus. Sur place, nous nous sommes rendu compte que les femmes qui sont dans les camps de réfugiés se considèrent également comme faisant partie de la résistance. Elles sont dans des liens forts de solidarité et s’organisent pour créer des espaces de rencontre entre femmes pour garantir leurs droits et leur autonomie, elles sont engagées dans les tentes éducatives et les tentes de santé, pour garantir les droits de base et l’éducation en langue kurde.

La Turquie vient-elle en aide aux réfugiés kurdes ?

La Turquie dit accueillir les réfugiés mais a une politique de division et de discrimination entre les Kurdes et les arabes, principalement. Dans les camps de l'Etat, gérés par l'Afad [agence gouvernementale turque en charge des situations d'urgence, ndlr], les représentants d'associations ou organisations n'ont pas le droit de rentrer (…) Sans oublier la discrimination de l'Etat par rapport aux réfugiés, des contrôles de police dans les hôpitaux... L'aide internationale passe par la Turquie et les municipalités kurdes ne peuvent pas y avoir accès. C'est pourquoi les Kurdes demandent de l'aide directe, par des jumelages entre villes, par la solidarité entre organisations politiques ...

22 janvier 2015