Solidarité avec les prisonnières politiques basques

Chères amies et camarades, notre rencontre de samedi a été aussi le moment d'exprimer notre solidarité avec les prisonnières politiques basques en lutte pour l'autodétermination et incarcérées en France. En été 2016, elles se sont mobilisées avec les prisonnières de droit commun pour dénoncer et changer les conditions des vie des femmes en prison (https://paris-luttes.info/solidarite-avec-les-prisonnieres-5776).

Voici la traduction de la lettre écrite par d'anciennes prisonnières politiques basques et que nous avons lu pendant l'atelier (ci dessous le lien pour accéder aux adresses des prisonniers et prisonnières politiques basques en France :

Nous sommes là

Nous sommes là, nous les femmes qui avons commencé à lutter pour une société plus juste et un Euskal Herria indépendant.

Nous sommes là, nous qui nous sommes senties invisibles dans nos espaces de lutte et qui avons quotidiennement élevé la voix afin de ne plus l’être.

Pour l’Etat espagnol et l’Etat français, nous n’avons par contre jamais été invisibles et ainsi, un jour, avons été arrêtées. Non, la police n’a jamais perdu de vue que nous étions des femmes. Et nous sommes là, en conséquence, les femmes qui ont été violées dans les commissariats et celles qui ont encore besoin de soutien psychologique à cause de la peur d’être violées. Parce que le viol a été l’arme de guerre utilisée afin de neutraliser la lutte pour la libération de ces peuples.

Et chacune a fait face à cette situation comme elle le pouvait. Et par conséquent nous sommes là, celles qui ont tenu dignement sans dénoncer l’ami-e, mais aussi celles qui, sans perdre leur dignité, ont signé ce qu’on leur imposait. Parce que peut-être qu’après cinquante ans de lutte il est temps de reconnaître que Itziar avait des filles et pas seulement des fils. Peut-être que c’est le moment de considérer les nécessités et douleurs personnelles comme un chose à assumer collectivement et non comme une faiblesse, à l’intérieur de la prison comme en dehors. Parce que c’est là nous différencier de leur logique. Parce que nous ne sommes pas comme eux.

Et nous sommes là, celles qui, en entrant en prison, ont perdu leur partenaire. Et, à dire vrai, nous nous demandons comment nous avons pu penser que nous pourrions passer de soignantes à soignées, de celles qui prennent en charge à celles qui en ont besoin. Et, si on y réfléchit bien, nous le savions déjà en notre for intérieur. Et malgré tout nous sommes allées de l’avant. D’une certaine façon, tout comme l’ennemi a mille visages, le courage aussi dans ce pays.

Du coup, depuis, nous sommes là, nous les femmes qui, grâce à nos sœurs, mères et copines avons reçu le soutien si nécessaire en prison. Mais cela ne nous distingue pas des prisonniers hommes car, depuis toujours et aujourd’hui encore, le care et le soutien des prisonnierEs repose sur les femmes.

Nous sommes là, celles qui ont voulu être mères et qui ne l’ont pas été à cause de la prison. Et nous sommes là aussi, celles qui ont accouché derrière les barreaux, entourées de policiers.

Nous sommes là, les femmes qui avons fait grandir nos enfants en prison, parce que les institutions pénitentiaires ne prévoient aucune participation du père à l’éducation des enfants. Nous sommes là, celles à qui, comme si on arrachait la peau, on a enlevé les enfants quand ils et elles ont eu trois ans.

Nous sommes là, les femmes qui, par la prison mais pas que, avons été insultées pour avoir aimé une autre femme.

Nous sommes là, celles qui pour le fait d’être femmes ont vécu un régime carcéral différent. Celles qui ont vécu dans les marges des prisons faites pour hommes. Dans des cours plus petites, dans des isolements plus durs, dans des conditions encore plus mauvaises. Celles dont on a tenté de briser l’indépendance en les transformant en femmes dociles.

Nous sommes là, celles qui ont été doublement punies dans les médias, les commissariats et les prisons, pour être non seulement militantes indépendantistes mais aussi femmes. Nous sommes là, celles qui pour la presse misogyne ont été les mauvaises femmes, les mauvaises mères, les femmes incorrectes, les putes des commandos, les terroristes les plus sanguinaires. Nous sommes là, les visages et les corps instrumentalisés pour créer cette même image qui nous punissait doublement. Nous sommes là, les militantes politiques non reconnues.

Ce que nous avons traversé, aujourd’hui ce sont cinquante-et-une prisonnières politique basques qui l’endurent et nous sommes inquiètes. Parmi elles treize sont seules et la plupart subissent, dans l’État espagnol, les conditions d’emprisonnement les plus dures. Nous avons besoin d’elles dehors car le conflit qui les a fait emprisonner ne saurait être résolu tant qu’elles ne seront pas libérées. Nous voulons un Euskal Herria sans prisonnierEs politiques ni exiléEs. Nous voulons rompre la situation d’exception inacceptable vécue par nos camarades. De plus, dans le cas des femmes, un second conflit se cache dans celui-ci : celui de vivre dans une société patriarcale.

Il y a cinq ans, à Aiete, suite à la participation d’acteurs internationaux, une feuille de route a été présentée dans le but de trouver une solution juste, pacifique et durable au conflit politique basque. C’est à cette occasion et dans ce sens que l’ETA a pris la décision de cesser la lutte armée. Mais cela n’a pas amélioré le sort des prisonnierEs politiques et des exiléEs basques ; et cinq ans plus tard leur situation n’est toujours pas résolue.

Si nous voulons construire un paix et une liberté véritable, nous devons prendre en charge les conséquences du conflit politique armé et, dans le cas des femmes, lutter contre les violences qui se poursuivent dans l’ombre de ce conflit. C’est la responsabilité de tout le monde. Pour cela, nous voulons créer un espace de coopération avec touTEs les acteurICEs. Pour cela, nous voulons élargir cet appel à l’ensemble de la société basque et particulièrement à celles et ceux qui luttent pour la cause des femmes, afin de s’en sortir tous et toutes ensemble."

http://www.etxerat.eus/descargas/presos/Presoak_EF.pdf