MESSAGES DE FEMMES A LA FRONTIÈRE DU ROJAVA : RÉSISTANCE ET LIBERTÉ

Le rapport de la délégation du Collectif Solidarité Féministe Kobanê parti rencontrer des femmes à la frontière du Rojava est téléchargeable en cliquant ici.

INTRODUCTION

Le Collectif Solidarité féministe Kobanê rassemble des femmes de groupes anarchistes et communistes, des femmes engagées dans les luttes anti-racistes et antiislamophobie, dans les luttes pour l’auto-détermination et la libre-circulation des peuples, comme en Palestine ou en France, dans les luttes contre la lesbophobie. Il rassemble aussi des femmes et féministes qui ne sont pas organisées dans des groupes politiques : des femmes engagées dans leurs localités pour le droit des femmes à une vie libre et digne face aux politiques discriminatoires de l’Etat. Depuis fin octobre 2014, le mouvement des femmes au Kurdistan nous a mis en mouvement ensemble, en non-mixité, en tant que féministes pour une transformation sociale radicale pour Manifestation pour la Journée Mondiale pour Kobanê à Paris, 1er novembre 2014 la justice et la liberté. L’objectif du collectif était de mobiliser les féministes de la ré- gion parisienne en solidarité avec les combattant-e-s des YPG (Unités de protection du peuple) et YPJ (Unités de protection des femmes) et avec les femmes de Kobanê qui luttent contre les attaques réactionnaires de Daesh, soutenu par l’Etat turc et par les puissances impérialistes.

Peu après la création du collectif, nous avons décidé d’envoyer une délégation à la frontière turque avec le Rojava, pour créer des liens de solidarité avec les organisations et les groupes des femmes du mouvement kurde qui se mobilisent au Bakur en solidarité avec les peuples du Rojava. En lien avec les coordinations de crise des municipalités kurdes du Bakur (GABB) et le Centre culturel kurde de Paris, nous avons organisé des rencontres avec des femmes des organisations politiques kurdes du DTK, des femmes du Mouvement Démocratique des Femmes Libres (DÖKH), des femmes élues des municipalités kurdes de Suruç et Amed, et des femmes élues de Kobanê, en exil, engagées en tant que responsables politiques pour soutenir leur peuple déplacé de force par la guerre.

La délégation féministe est donc partie pendant six jours, au Bakur, dans les villes de Amed et Suruç, à la frontière avec la Syrie. Initialement composée de huit femmes vivant dans la région parisienne, parlant six langues, le kurde, le turc, l’anglais, l’arabe, le kabyle et le français, puis de sept pour des raisons de visa, elle a rencontré, entre les 7 et 12 novembre 2014 :
— le bureau de crise du GABB
— les membres de la commission soin et santé du Congrès de la Société Démocratique (DTK)
— des femmes de l’Académie des femmes de Diyarbakir et du Mouvement Démocratique des Femmes Libres (DÖKH)
— Zuhal Ekmez, la co-maire de Suruç, et Gültan Kışanak, la co-maire d’Amed
— des membres du groupe LGBT Keskesor
— la Coordination de Suruç et le Bureau de crise de Suruç
— Fayza Abdi, la co-présidente du Conseil législatif de Kobanê
— des femmes du Rojava vivant dans des camps de réfugié-e-s à Amed et Suruç
— des femmes du DÖKH engagées dans un camp de réfugié-e-s yézidi-e-s à Amed

Ce sont les messages écrits par les femmes au cours de ces rencontres, les extraits de nos réunions avec elles et les extraits des brochures de leurs organisations politiques qui nous ont permis d’écrire ce rapport. Les traductions du kurde et du turc ne sont pas des traductions professionnelles mais ont été faites par des féministes engagées dans le collectif, dans un souci de respect des paroles transmises par les femmes à la délégation, qui ont été enregistrées avec leur accord pour être retranscrites et transmises aux féministes et aux organisations politiques en France.

Ce rapport a pour objectif de partager les messages, les visions politiques et les efforts actuels des femmes engagées pour le mouvement social et démocratique au Kurdistan, qui organisent la solidarité avec les peuples du Rojava contre les attaques de Daesh et de la Turquie, en autonomie des Etats-Nations impérialistes. « Nous ne pouvons pas être frères et sœurs avec des gouvernements, mais avec les peuples nous le devons » (Zuhal Ekmez). Les femmes que nous avons rencontrées nous invitent à construire des réseaux de solidarité féministes autonomes des Etats et des organisations capitalistes. Elles nous invitent à organiser des mobilisations en France contre la destruction du projet d’égalité et de liberté pour les femmes du Rojava, par Daesh et ses alliés capitalistes et impérialistes.

Les femmes du Rojava qui ne combattent pas en Syrie dans les unités de défense pour libérer Kobanê vivent aujourd’hui de l’autre côté de la frontière, dans des camps de réfugié-e-s. Ces camps existent grâce à la force d’auto-organisation des peuples du Rojava et à l’organisation autonome des municipalités de Amed et de Suruç. Toutes résistent pour la victoire de Kobanê, en créant dans les camps des espaces de démocratie, des écoles - pour continuer à transmettre aux enfants les moyens de résistance par la langue et par la culture - et des espaces de non-mixité entre femmes. Leur force d’auto-organisation et de résistance est le résultat d’une histoire de 30 ans de lutte où les femmes ont, depuis le début, joué un rôle central dans le mouvement social et démocratique kurde. Elles se sont organisées en nonmixité à l’intérieur de leurs organisations et dans la société civile, en créant des académies des femmes, des assemblées des femmes et des unités d’auto-défense des femmes contre les violences masculines.

Ce rapport a pour but de transmettre l’engagement des femmes à Amed et à Suruç, dans les organisations politiques et dans les camps de réfugié-e-s du Rojava, qui s’organisent pour trouver des solutions face à l’urgence, mais aussi sur le long terme, pour garantir la démocratie et l’autonomie des femmes dans les camps.

Nous espérons que cette connaissance partagée montrera la force politique de ces femmes engagées à différents niveaux pour trouver des solutions matérielles et politiques dans les camps, et ouvrira des possibilités de mobilisation et de solidarités politiques et matérielles des féministes en France pour soutenir leurs efforts quotidiens pour continuer leurs luttes dans un contexte de guerre.

« A votre retour en France, je souhaiterais que vous représentiez les femmes kurdes comme des exemples de femmes libres, et des exemples de la liberté elle-même. Cela me ferait vraiment plaisir. » (Zuhal Ekmez)

 

COLLECTIF SOLIDARITÉ FÉMINISTE KOBANÊ MARS 2015
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