Lettres aux femmes prisonnières politiques en Turquie

Merci à toutes celles qui nous ont rejointes pour écrire ces lettres aux prisonnières politiques du mouvement des femmes kurdes. Ensemble, nous avons dessiné les cartes et écrit des lettres aux femmes que nous avions rencontrées lors de nos délégations de novembre 2014 et mars 2016 qui sont aujourd'hui emprisonnées (Selma Irmak, Gulten Kisanak et Gülser Yildirim) ainsi qu'aux femmes membres d'organisations et agence de presse que nous avions rencontrées (Sebahat Tuncel et Zehra Dogan). Nous publions ces lettres ainsi que les adresses pour que vous puissiez vous aussi écrire des lettres de chez vous (en respectant les consignes fournies sur le site de Kedistan). Le jour de cet atelier nous avons aussi appris la mise en garde à vue de plusieurs personnes dont Leyla Salman, co-maire de Kiziltepe, que nous avions rencontré à Kiziltepe le 6 et 7 mars 2016.

Alors, ensemble, continuons de montrer notre solidarité et de bâtir des liens au-delà des frontières et des murs des prisons avec les femmes du mouvement des femmes du Kurdistan !

Nous avons écrit cette lettre à Selma Irmak, députée HDP de Sirnak arrêtée en novembre 2016. Nous l'avions rencontré au cours de la première délégation du collectif en novembre 2014. Vous pouvez vous aussi lui écrire : Selma Irmak, SILIVRI 9 NOLU F TIPI CEZAEVI, SILVIRI/ISTANBUL/TURQUIE

Chère Selma
La guerre à créé des blessures profondes dans la géographie de la région. Chaque jour, des milliers passaient en traversant les frontières. Alors que vous accueilliez les personnes arrivant d’ailleurs avec vos sentiments les plus sincères, nos chemins se sont croisés . Lorsque nous sommes venues en novembre 2014 pour voir la situation de guerre et comprendre la situation des personnes refugiées, vous nous aviez fait un accueil très chaleureux. Ensemble, nous avions échangé sur la solidarité entre femmes, sur l'expérience des femmes et en étions ressorties grandies. Comme vous nous l'avez dit ce jour là, chacune là où elle se trouve doit faire grandir le combat. C'est ainsi que seront dépassées les difficultés et les frontières. Pour vous ce n'est pas une première, nous savons que cela ne vous découragera pas. C'est ensemble que nous nous nous étendrons.
Amitiés,
Le collectif

Nous avons aussi écrit à Gülser YILDIRIM, députée HDP de Mardin emprisonnée. Nous l'avions rencontrée quand nous nous étions rendues au Kurdistan pour célébrer ensemble le 8 mars 2016, à l'invitation du mouvement des femmes kurdes. Dans notre lettre, nous lui disons combien nous avons été touchées qu'elle prenne le temps de nous rencontrer alors que de nombreuses villes du Kurdistan étaient détruites par l'Etat turc. Vous aussi, écrivez lui à cette adresse : GULSER YILIDIRIM, Kocaeli Kandira 1 NOLU TIPI CEZAEVI – KOCAELI/TURQUIE

Chère Gulser,
En mars 2016, nous sommes venues en Turquie. Nous étions un groupe de femmes originaires de France, du pays basque et de Colombie venues pour fêter ensemble le 8 mars et témoigner notamment de la situation à Cizre. Au milieu de cette ambiance difficile et chaotique, vous avez pris le temps de nous saluer. A l'heure actuelle, nous suivons de près ce que vivent les gens en Turquie. Nous avons appris que vous aviez été emprisonnée. Dans ces conditions, ne serait-ce que par une petite lettre, nous voulions vous saluer à travers les barreaux de la prison.
Nous savons que dans les ténèbres il y a toujours une lumière. Nous voulons que vous sachiez qu'en tant que femmes en France nous sommes de tout coeur avec vous.
Avec toute notre affection et nos sentiments féministes

Une autre des lettres que nous avons écrite était à Sebahat Tuncel. Sebahat Tuncel est une députée HDP d’Istanbul, responsable des femmes et des LGBT au sein du HDP et est co-présidente du HDP, arrêtée le 6 novembre 2016 et emprisonnée depuis. Nous ne l’avons jamais rencontré mais avons souhaité nous adresser à elle et lui envoyer un message de soutien en raison du rôle important qu’elle a en Turquie pour les femmes.
Vous aussi vous pouvez la soutenir en lui envoyant une lettre : SEBAHAT TUNCEL, SILIVRI 9 NOLU F TIPI CEZAEVI, SILIVRI/ISTANBUL/TURQUIE

Chère Sebahat,
Nous sommes réunies et nous cherchons à atteindre par ces quelques lignes les femmes emplies de liberté qui sont derrière les barreaux. Nous ne nous connaissons pas personnellement, mais nous vous connaissons en tant que symbole de l’expérience des femmes et les analyses que vous en avez faites sont parvenues jusqu’à nous. Se connaître, c’est être solidaires dans tous les moments de la vie, les plus doux comme les plus difficiles.
En tant que collectif, avec l’affirmation féministe de nos sentiments les plus profonds , nous vous adressons notre soutien !
Amitiés,

Zehra Dogan emprisonnée depuis près de 4 mois et demi a été libérée provisoirement hier, dans l'attente de son procès qui aura lieu le 23 février.
Nous lui avions écrit cette lettre lors de notre rencontre. Zehra Dogan est une journaliste membre de l’agence de presse des femmes, JINHA. Cette agence de presse, la première à se consacrer aux femmes à travers le monde a depuis été fermée. Pour plus d'informations sur son travail, suivez la campagne de soutien et les entretiens sur la page facebook de Kedistan. Nous avions visité cette agence au cours de la la délégation en mars 2016, alors que nous avions répondu à l’invitation du KJA de venir célébrer le 8 mars, la journée internationale des femmes, aux côtés des femmes du Kurdistan.

Chère Zehra,
Nous avions vu, à l’occasion d’une visite que nous avions faite en Turquie, le bureau de l’organe de presse Jinha qui par sa couverture de l’actualité défend le principe de la liberté, de la vie et des femmes. Les femmes journalistes qui créent, qui combattent et qui partout expriment leur volonté de femme nous ont donné de la force. La liberté de la presse ne peut pas être tenue prisonnière. Nous savons que là bas aussi, vous continuerez à créer. Comme le dit le poète « Nous verrons de beaux jours, les enfants ». C’est dans l’espoir et la croyance en ces beaux jours que nous vous envoyons notre amour et notre respect,

La 5e et dernière personne a qui nous avons écrit est Gulten Kisanak. Gulten Kisanak est la co-maire d’Amed (Diyarbakir) depuis 2014. Nous l’avions rencontrée lors de la délégation du collectif en novembre 2014 et avions échangé ensemble au sujet de l’importance de la non-mixité comme outil d’organisation pour les femmes partout dans le monde. Elle a été arrêtée le 25 octobre 2016.
Pour marquer votre soutien, vous pouvez lui écrire : GULTEN KISANAK, KOCAELI KANDIRA 1 NOLU F TIPI CEZAEVI, KOCAELI/TURQUIE

Chère Gülten,
Si les années qui passent apportent des difficultés, elles apportent aussi beaucoup d’expériences. Parfois on en ressort grandi. Cela donne de la force. Lorsque nous sommes venues en novembre 2014 dans le cadre d’une délégation, vous nous avez accueilli dans votre administration. Par notre âge et notre expérience, au regarde de ce que vous avez vécu, nous étions alors très jeunes face à vous. Lorsque vous avez parlé avec nous, nous avons grandi et gagné en expérience et en confiance à travers ce que vous nous avez raconté. Vous avez montré dans votre vie que même dans les conditions les plus difficiles, il est encore possible de créer. C’est avec la conviction qu’un jour toutes ensembles nous changerons la vie que nous voulons vous transmettre nos salutations de France. Avec conviction et avec amitié, toutes ensembles et partout nous ouvrirons de nouvelles voies, nous ouvrirons la route à des nouveaux espoirs dans l’obscurité, dans la lumière,


Vous trouverez ici les conditions qu'il faut respecter pour que la lettre que vous écrivez aux prisonnières politiques puissent être reçues par la personne à qui vous souhaitez écrire : http://www.kedistan.net/2016/10/15/cartes-postales-solidaires-zehra-dogan/

Un article en turc à propos de cette initiative : http://www.yeniozgurpolitika.org/index.php?rupel=nuce&id=63927