Au Kurdistan, les femmes sont debout !

Bulletin SUD-Santé n°48

Le traité de Lausanne en 1923, détruit l’idée d’un Kurdistan au profit des intérêts occidentaux et des appétits locaux. Les Kurdes sont divisés sur quatre Etats : Turquie, Syrie, Irak et Iran. C’est en Syrie, qu’ils/elles saisissent l’opportunité de la guerre civile pour prendre leur avenir en main. Le Kurdistan syrien ou Rojava, au nord de la Syrie est situé le long de la frontière turque. Kobanê est l’un des cantons de cette région autonome. Elle est régie par une Charte qui garantit une égalité totale des femmes et des hommes, des élections au suffrage universel et le non-cumul des mandats…mais aussi la séparation totale entre religions, respectées et à égalité de traitement, et structures étatiques.

Radicalement opposés à ce projet social et politique, les djihadistes de Daesh multiplient leurs attaques pour détruire Kobanê. Daesh bénéficie, pour le moment, de la bienveillance du gouvernement et de l’armée turque dont les chars, positionnés sur les collines dominant Kobanê, ne bougerons, pas tant que la résistance kurde tiendra la ville.

Une résistance dans laquelle les femmes ont pris toute leur place. En armes, elles font face aux assaillants. Elles sont engagées pour un projet social qui remet en cause le patriarcat et l’Etat-nation, qui défend l’autodétermination des peuples et l’émancipation des femmes.

C’est pour cela qu’en région parisienne, depuis octobre 2014, s’est constitué un collectif féministe à l’initiative de Turkan Yildiz, kurde et féministe, Solidarité Femmes Kobanê. Très actif, le collectif multiplie les initiatives et a été l’organisateur, en novembre dernier, d’une délégation à la frontière entre la Turquie et la Syrie. Démarche de solidarité avec les groupes de femmes et les actions qu’elles mènent dans les camps de réfugiéEs et les institutions politiques locales.

Ici, nous portons à votre connaissance des bribes de récits recueillis à cette occasion.

Comme l’explique Nursel Kilic de la Représentation internationale du mouvement des femmes Kurdes « Les femmes au Rojava s’auto-organisent [en non-mixité] au sein des assemblées populaires, au sein des partis politiques et des forces d’auto-défense du peuple. Indépendamment des hommes, en formant leurs propres bataillons et commandements.

Les femmes et la question de leur libération sont au coeur de l’orientation politique, elles sont représentées avec un quota de 40 % et ont leur place dans le système de co-présidence à tous les niveaux ». Fayza Abdi, co-présidente du Conseil législatif de Kobanê confirme « Les femmes Kurdes avaient une mauvaise situation, d’un côté l’oppression du régime syrien et de l’autre les difficultés de la vie quotidienne pour les femmes dans une société patriarcale. »

Aujourd’hui, l’unité de défense des femmes -YPJ, agit contre les violences masculines et s’oppose aux attaques des groupes armés de Daesh, aux côtés des unités mixtes de défense du peuple, les YPG.

Les femmes de Rojava qui ne combattent pas du côté syrien de la frontière, vivent aujourd’hui de l’autre côté de celle-ci et doivent faire face aux discriminations de l’Etat Turc. Les municipalités Kurdes de Suruç et de Amed organisent les camps de réfugié-e-s, côté Turc, pour faire face à l’urgence et accueillir les déplacé-e-s dans des conditions dignes et garantir leurs droits à la santé, l’éducation ainsi que leur participation politique. Les femmes résistent, en créant des espaces de démocratie, des écoles pour transmettre aux enfants la langue et la culture et des espaces non mixtes.

Comme Derya, membre de l’Association de la langue Kurde de Kobanê « Moi, enseignante de langue kurde, je combats un ennemi de notre culture, de notre langue et de notre existence. Nous résistons par notre travail, avec la foi, sans crainte et sans arrêt. Nous poursuivons notre combat dans les camps, car nous sommes fidèles à ce que nous avons appris à Kobanê. »

Aujourd’hui, des femmes kurdes sont sur tous les fronts et par les Académies des femmes, lieux de co-formation pour se libérer par le savoir, elles ont tissé des liens de confiance avec nombre de leurs consoeurs.

Les militantes rencontrées au Kurdistan ont confié à la délégation leur espoir que le combat féministe qui se mène à Rojava rencontre la solidarité internationale et appellent à la mobilisation pour que justice et vérité soit faite aux trois militantes assassinées au Centre d’information Kurde le 9 janvier 2013, en plein Paris.

Article rédigé grâce à Yasmina et Magdalena du collectif Solidarité Femmes Kobanê.