Appel du collectif Solidarité Femmes Kobanê suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris

« Nous, les femmes, nous savons que pour la lutte des femmes il y a deux choses importantes. L’une, c’est l’insurrection et le refus de chaque femme face aux erreurs de la société, et l’autre c’est la solidarité entre les femmes. Si on peut faire ces deux choses ensembles, c’est un grand pas pour l’émancipation et la liberté des femmes » (Gultan Kisanak)

Contre l’union nationale : Solidarité internationale !

A Beyrouth, Rakka, Ankara, Suruç et maintenant Paris et Bamako, Daesh fait des milliers de victimes dans le monde. Nous exprimons notre solidarité politique avec toutes les personnes attaquées par la violence de Daesh, qui est déterminé à continuer. Mais nous savons que la solidarité avec les peuples victimes de Daesh ne signifie en aucun cas le soutien à l'Etat français et aux autres puissances impérialistes qui ont leur part de responsabilité dans ce drame.

En effet, les grandes puissances impérialistes se sont appuyées sur les différents gouvernements du Moyen Orient, de l’Afrique du Nord et du Mali, pour maintenir leurs intérêts économiques. Elles ont aidé les puissances régionales à écraser les soulèvements des peuples, à opposer chiites et sunnites, et à semer le chaos qui a permis au courant idéologique obscurantiste de Daesh de se développer.

Aujourd'hui encore, les États européens soutiennent indirectement Daesh. L'Etat français vend des armes au régime wahhabite de l'Arabie Saoudite, et s'allie à Erdogan, les deux principaux soutiens de Daesh dans la région.

Alors, nous dénonçons l’impérialisme et refusons que la lutte contre Daesh passe par des guerres au Moyen-Orient et en Afrique décidées par les intérêts des grandes puissances occidentales. En tant que féministes, nous devons construire des solidarités politiques avec les peuples qui résistent contre Daesh.

Contre l’Etat policier : mobilisation contre le sexisme, l’islamophobie et le racisme !

Suite aux attentats à Paris, la réponse du gouvernement est de réunir autour du drapeau français en récupérant l’émotion et la solidarité avec les victimes. En même temps, le gouvernement a déclaré l’État d'urgence sur tout son territoire pour 3 mois et la fermeture des frontières.

L’Etat a instrumentalisé les informations sur les nationalités des réfugiés (que Daesh avait fourni à dessein) pour criminaliser les réfugiés syriens, pour renforcer les contrôles aux frontières et pour attaquer et expulser les camps d’habitation des réfugiés en France. Des mesures similaires sont mises en place au niveau européen.

Les actions liées à l’Etat d’urgence encouragent les attaques racistes et islamophobes qui sont en augmentation. Sur le territoire français, en 15 jours, l’État a procédé à plus de 2000 perquisitions dans des logements, des associations et des lieux de culte musulman. Les interventions policières attaquent, délogent et stigmatisent en toute impunité des habitant-e-s des quartiers populaires, comme l’intervention du 15 novembre à Saint-Denis. Il a aussi été question de changer la constitution pour retirer la nationalité française aux binationaux jugés dangereux pour l’ordre public. Ces politiques renforcent la division raciale entre ceux considérés comme français et ceux auxquels le statut de français est toujours refusé et dénié, les immigres et descendants d’immigrés.

Dans ce dispositif sécuritaire et nationaliste, les femmes musulmanes, immigrées, voilées, sont les premières attaquées dans l’espace public. L’état d’urgence annonce plus d’impunité pour les violences racistes et sexistes contre les femmes. Depuis l’état d’urgence, les commissariats de police des banlieues parisiennes ont pour consigne de donner priorité aux perquisitions administratives, aux patrouilles et aux contrôles. En conséquence, des femmes voulant porter plainte contre leur conjoint violent se voient refuser l’entrée des commissariats. L’Etat d’urgence normalise les violences conjugales et organise l’avancée de la guerre silencieuse du patriarcat contre les femmes.

Tout en augmentant l’impunité des crimes racistes et sexistes, l’Etat d’urgence permet de criminaliser les luttes sociales pour l’égalité et la liberté. L'interdiction de manifester et de se rassembler est renforcée par les convocations de personnes solidaires de la lutte des migrants et de la liberté de circulation, et par l'assignation à résidence de personnes suspectées de vouloir manifester contre la COP 21. La politique du gouvernement français empêche toute possibilité de contestation collective et amplifie le chacun pour soi. L’état d’urgence est un outil pour réprimer les luttes et museler les mouvements sociaux, empêcher les protestations contre la politique de l’Etat en France et contre les guerres qu’il mène.

Contre le sexisme, le racisme et l’islamophobie, nous refusons que la lutte contre Daesh passe par les politiques sécuritaires et les fermetures des frontières. En tant que féministes, nous devons construire des solidarités politiques locales contre les attaques islamophobes, racistes et sexistes.

Contre le patriarcat et la modernité capitaliste : solidarité féministe avec les femmes du Kurdistan !

Faisant le constat que « Le pouvoir de la modernité capitaliste est en train d’anéantir les espoirs, d’attaquer les cultures locales, de violer les droits des communautés et de faire des femmes des butins de guerre à travers Daesh, son pion au Moyen Orient » (déclaration du mouvement des femmes libres du Kurdistan), les peuples du Rojava se sont organisés pour former une alternative politique.

Le système confédéral démocratique défendu au Rojava est « une troisième voix contre la destruction des peuples, des identités, des communautés, des cultures, de croyances, des langues et de la nature » (déclaration du mouvement des femmes libres du kurdistan) dans la région du Moyen-Orient, et qui garantit la représentation politique et la liberté de tous les peuples et de toutes les croyances de la région (kurdes, arabes, syriaques, tchétchènes, arméniens, musulmans, chrétiens et ézidis).

Ce projet est un combat féministe : les femmes sont présentes à tous les échelons politiques en tant que co- représentantes, elles se sont organisées dans les unités de défense mixtes (YPG) et dans les unités d’auto- défense non mixtes (YPJ), et en assemblées. Ces femmes se battent contre Daesh car elles défendent une alternative politique radicale pour la région et pour le monde.

C’est en tant que féministes que nous soutenons les unités d’auto-défense du Rojava, les YPG et les YPJ, et que nous appelons à la solidarité politique internationale avec les peuples du Rojava qui combattent contre Daesh depuis 2014.

Contre un féminisme libéral et étatique, nous appelons à la solidarité avec le mouvement des femmes libres du Kurdistan. Nous nous engageons pour la reconstruction féministe de Kobanê. Reconstruire Kobanê c’est démolir le patriarcat et la modernité capitaliste qui sont des tombeaux pour les femmes et pour les peuples.

Contre le patriarcat et la modernité capitaliste, construisons ensemble des solidarités et des actions féministes locales, internationales et concrètes !

Contact : solidaritefemmeskobane (AT) gmail.com / http://www.solidaritefemmeskobane.org / facebook Solidarité Femmes Kobanê